Imagine que ton école affiche dans le couloir un grand panneau avec le règlement. Ce sont de bonnes règles. On ne bouscule personne. Chacun a son tour. Chacun a son repas.
Maintenant imagine qu'il n'y a aucun professeur. Pas un seul. Juste le panneau.
Les règles restent vraies. Elles sont toujours là, sur le mur. Mais quand quelqu'un bouscule, il ne se passe rien — parce que personne n'a pour tâche de faire qu'il se passe quelque chose.
C'est le problème d'Haïti. Ce n'est pas que les règles soient mauvaises. Haïti a écrit près de deux douzaines de constitutions depuis 1804, et beaucoup sont bonnes. Celle qui est en vigueur dit qu'un président ne peut pas rester trop longtemps, que chaque enfant a droit à l'école et à la nourriture, et que le créole — la langue que presque tout le monde parle réellement — est l'une des langues officielles du pays.
L'ennui, c'est que presque personne n'a jamais reçu la charge de rendre ces règles réelles. Et les rares à qui cette charge a été confiée n'ont jamais été nommés.
La clé enfermée dans le coffre
Pour tenir une élection en Haïti, il faut un conseil chargé de l'organiser. Mais ce conseil est désigné en partie par des gens qui ont obtenu leur poste en gagnant une élection.
Il faut donc une élection pour avoir le conseil, et le conseil pour avoir une élection.
Il existait une clé de secours — un conseil provisoire, autorisé une seule fois, tout au début. Elle a servi en 1988. Le texte prévoyait qu'une fois utilisée, elle devait être rendue. Elle l'a été.
Le vote sans question
En décembre, les Haïtiens doivent voter pour modifier leur Constitution. La date est fixée. Les bulletins seront imprimés.
Mais nulle part il n'est écrit en quoi consiste la modification.
Imagine qu'on demande à toute ta classe de voter oui ou non sur une nouvelle règle — et que personne ne veuille dire ce que cette règle contient.